jeudi 6 décembre 2012
ASTROPHYSIQUE
SUD-OUEST Publié le 06/12/2012 à 06h00
Par Jean-Pierre Deroudille
La science enchantée
Astrophysicien, il a découvert les anneaux de Neptune, et rêve sur l'étendue des découvertes qui restent à faire.
L'astrophysicien André Brahic, à 70 ans, a conservé l'enthousiasme d'un jeune homme qui rêve des découvertes qui restent à faire : « Nous vivons une époque merveilleuse. Dans le futur, on reconnaîtra la chance que nous avons eue de vivre à la fin du XXe siècle et au début du XXIe quand on a commencé à tout comprendre. »
L'homme qui répondra aujourd'hui aux questions des étudiants dans le cadre du Grand Oral Sciences Po/« Sud Ouest » (1), a eu la chance d'être un chercheur qui a vécu une période où sa discipline lui a permis de faire des découvertes essentielles comme les anneaux et les arcs de Neptune en 1984.
C'était aussi le moment où les progrès de l'exploration spatiale ont permis d'engager des missions d'exploration lointaines, comme la sonde Cassini, lancée en 1997 vers Saturne. Cette mission a été prolongée jusqu'en 2019 et André Brahic est un membre de l'équipe d'imagerie qui en dépouille les résultats. Chercheur au CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies renouvelables) et professeur à l'université Diderot, il plaide pour une plus grande reconnaissance de la science dans la société, un thème qui lui est cher et sur lequel il a écrit « La Science, une ambition pour la France » (2).
Il reconnaît que ceux qui la dénigrent ont de bonnes raisons : « Il est vrai qu'on n'a jamais autant régressé en matière d'humanité qu'au XXe siècle » et il concède qu'il ne faut pas « être scientiste à la manière d'Auguste Comte », comme on pourrait le lui reprocher. « La science c'est l'ambition de comprendre le monde, une démarche qui repose sur deux postulats. Le premier, c'est qu'il y a des lois qui le gouvernent et le second, c'est que nous sommes capables de comprendre ces lois », affirme-t-il.
Une ambition qui est née avec les questions que se posaient les philosophes grecs : « Qui sommes-nous, d'où venons-nous, est-ce qu'il y a de la vie ailleurs, notre vie a-t-elle un sens ? » Pour André Brahic, le monde scientifique connaît actuellement une telle effervescence dans les domaines de la biologie et de l'astronomie que des progrès sont faits tous les jours dans les réponses à ces questions fondamentales.
Pourtant, le monde doit faire face à de graves problèmes comme la crise économique ou la violence, et même un spécialiste des planètes doit le constater.
Selon lui, c'est le manque de culture scientifique de nos dirigeants qui en est en grande partie responsable : « Les hommes politiques, les grands capitaines d'industrie, les patrons des médias, aucun d'entre eux n'a fréquenté le monde de la recherche quand il était jeune : il y a un hiatus entre ce qui fait notre vie quotidienne et ce qui en constitue la réalité. »
Dans la crise financière actuelle, « les banquiers ont créé un monde virtuel, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait quelques problèmes quand ce monde virtuel rencontre le monde réel ».
Le chercheur du CEA est prêt à admettre les méfaits de certains usages des techniques, mais il refuse d'en faire une question idéologique : « Dans le mouvement écologiste dont je respecte beaucoup de combats, il y a une branche totalement obscurantiste, en particulier vis-à-vis du nucléaire, comme s'il était mauvais en soi. »
(1) Ce jeudi de 17 à 19 heures à Sciences Po Bordeaux. Entrée libre. (2) « La Science, une ambition pour la France », éditions Odile Jacob, 160 p., 9,90 €.
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