lundi 24 août 2015

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La métropole bordelaise ne fait pas exception en matière de pollution lumineuse. Et pourtant, de gros progrès ont été faits


Bordeaux est trop polluée... par la lumière
La qualité du ciel et de l’environnement nocturne au-dessus de l’agglomération bordelaise est qualifiée de mauvaise à très mauvaise. ©
DAVID Thierry

Eclairage urbain, enseignes publicitaires, vitrines de magasins, bureaux allumés en permanence… les sources de lumières artificielles observées dans les centres urbains dès la nuit tombée sont innombrables. « Cette pollution lumineuse, plus particulièrement visible dans les grandes villes et les agglomérations, se manifeste souvent par un halo lumineux perceptible à forte distance, masquant les étoiles et perturbant la vie biologique », explique Michel Deromme, membre du conseil d'administration de l'association nationale pour la protection du ciel et de l'environnement nocturne (ANPCEN). Face à ce constat, l'association qui s'est saisie de cette problématique depuis une dizaine d'années vient d'établir une cartographie de l'état actuel de la pollution lumineuse en France. Une carte sur laquelle la métropole bordelaise, comme les autres grosses agglomérations, fait figure de mauvaise élève avec une qualité du ciel et de l'environnement nocturne qualifiée de « mauvaise à très mauvaise ».
De nombreuses images de la Terre prises de nuit par satellite rendent compte de ce phénomène. « On voit par exemple très bien Bordeaux depuis l'espace », assure Michel Deromme.

Un gouffre énergétique

Cette cartographie va servir d'outil à l'association pour mener à bien sa démarche d'information, de prévention et de limitation des nuisances lumineuses en France auprès des élus et du grand public. « En France, sur les vingt dernières années, on dénombre plus de 90 % de points lumineux supplémentaires. Et notre rôle consiste notamment à expliquer aux communes qu'il n'est pas nécessaire de laisser tous les points lumineux éclairés partout ».
Face à cet excès d'éclairage et à ce gaspillage d'énergie, l'association fait beaucoup de pédagogie et préconise d'agir de différentes manières.
« On ne conseille pas de revenir à l'âge de pierre, mais d'éclairer de façon raisonnée, car il faut savoir que l'éclairage public représente 15 % de la consommation électrique française. En vingt ans, l'éclairage public est passé de 2500 heures à 4 000 heures par an en moyenne. Pour une commune, ce poste peut représenter jusqu'à 40 % de son budget énergétique ».
Une situation qui amène l'association à interroger les élus sur la réelle nécessité de laisser l'éclairage public allumé toute la nuit. « Et sur la puissance de l'éclairage public, la plupart du temps bien trop forte. Il est possible de réduire l'intensité du flux lumineux et pourquoi pas d'éteindre des quartiers périphériques à certaines heures de la nuit ».

Des effets sur le vivant

Outre les conséquences énergétiques et économiques, l'éclairage artificiel la nuit aurait selon de nombreux experts des conséquences sur le vivant. Ce suréclairage serait ainsi responsable de la disparition de certaines espèces d'insectes.
« On voit notamment de moins en moins de vers luisants car il fait beaucoup trop clair la nuit. Mâles et femelles ne se voient plus et ne peuvent donc plus se reproduire. De la même manière, on sait que la pollution lumineuse a des incidences sur les oiseaux migrateurs qui se trouvent désorientés à cause de l'excès d'éclairage ».
Quant aux incidences sur la santé humaine, elles se traduisent notamment par des troubles du sommeil. « Il est très difficile aujourd'hui de dormir dans le noir complet, ce qui peut entraîner une rupture dans l'alternance jour/nuit. Certaines fonctions physiologiques peuvent alors être altérées, ce qui peut induire stress et irritabilité. »

La Métropole sur la bonne voie
En 2013, le préfet de Gironde a décidé l’extinction de l’éclairage sur une partie de la rocade ouest de Bordeaux. Une décision qui a permis de faire d’importantes économies et qui ne semble pas avoir eu de conséquences sur l’accidentologie. « L’éclairage public donne une impression de sécurité mais c’est faux. Au contraire, quand la lumière est éteinte, les voitures roulent moins vite », assure Michel Deromme.
À Bordeaux, la ville a engagé depuis plusieurs années un programme de modification progressive de son parc d’éclairage, destiné à diminuer les flux lumineux et à réaliser des économies d’énergies. Les lampes les plus énergivores (ballons fluorescents) ont été changées au profit de sources à LED, beaucoup plus économes. Aujourd’hui, la Ville n’utilise plus de lampadaires émettant plus de 3 % de flux lumineux au-dessus de l’horizontale.
En parallèle, la puissance des lampadaires a été considérablement abaissée entre 22 heures et 6 heures du matin dans certains secteurs résidentiels. Ce dispositif permet de diminuer la puissance consommée et donc de limiter la consommation électrique. Des luminaires haute performance sont également installés à Bordeaux dans le cadre de projets neufs ou de rénovation, pour permettre d’abaisser les puissances installées. Dans ce domaine, une expérimentation a été menée sur un lotissement du quartier Saint-Augustin, les Jardins de Carreire. Sur 44 lampadaires dotés de capteurs, le niveau lumineux n’est élevé qu’en présence d’usagers sur l’espace public. Ce système a permis une économie de 70 % sur la consommation de ce quartier. Les éclairages de Noël sont également coupés la nuit à l’exception des nuits du 25 et du 31. Quant aux différents monuments et sites de la ville, ils sont désormais éteints à partir de minuit l’hiver et de 1 heure du matin l’été. « Nous assistons en effet à une prise de conscience des élus. Des améliorations sont possibles même si c’est plus facile pour une petite commune que pour une grosse agglomération qui aura besoin de temps », conclut Michel Deromme.

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