samedi 20 septembre 2014

JOUR DE LA NUIT

JOURNAL 20 MIUTES 18/09/2014 Jour de la Nuit: «La lumière perturbe les cycles biologiques des espèces animales» Propos recueillis par Bérénice Dubuc Samedi soir, les villes de France sont invitées à éteindre symboliquement une partie de leur éclairage public et leurs habitants à participer à la sixième édition du Jour de la Nuit. Emmanuel Berraud est chargé de programme éclairage durable au sein de Noé Conservation, association de protection de la biodiversité partenaire de l’événement. Il explique à 20 Minutes en quoi la pollution lumineuse est nuisible aux écosystèmes. Qu’est-ce que la «pollution lumineuse»? Ce sont toutes les sources d’éclairage artificiel qui, de nuit, empêchent une obscurité suffisante, et impactent de ce fait la biodiversité et l’astronomie. Cette pollution lumineuse est due à la généralisation de l’éclairage nocturne, et principalement l’éclairage public, mais provient aussi d’autres sources, comme l’éclairage des immeubles de bureaux par exemple. Elle est facile à repérer, puisqu’au-dessus des villes et des villages -où les systèmes d’éclairage renvoient souvent la lumière vers le ciel- on observe un halo lumineux. En quoi ce «halo lumineux» impacte-t-il la biodiversité et l’astronomie? Du point de vue de l’astronomie, il empêche tout simplement de voir les étoiles en faisant disparaître la nuit noire. Pour ce qui est de la biodiversité, les cycles biologiques des espèces animales -cycle de reproduction, de nourrissage…- se basent sur l’alternance entre le jour et la nuit. Or, s’il y a trop de lumière de nuit, ces cycles sont perturbés. On observe par exemple que certaines mésanges nichent plus tôt en ville qu’à la campagne. Est-ce dangereux pour la survie de ces espèces? Si on sait que la pollution lumineuse a bel et bien des conséquences sur la biodiversité, on ne sait pas encore bien mesurer leur ampleur. Mais plusieurs études ont montré qu’il existait des conséquences mortelles directes de l’éclairage des immeubles de bureaux la nuit pour un grand nombre d’oiseaux migrateurs, qui perdent leurs repères du fait de cet éclairage nocturne et les percutent. De même, les papillons de nuit qui se dirigent par rapport aux astres, et notamment en gardant la Lune à leur gauche pour aller tout droit, sont perturbés par l’éclairage public. Pour garder la source de lumière -qu’ils pensent être la Lune mais qui est en fait un lampadaire- à leur gauche, ils vont tourner autour de cette source de lumière jusqu’à épuisement. Or, il y a vingt fois plus de papillons de nuit que de papillons de jour. La diversité du monde nocturne est colossale, mais elle est la plus impactée par la pollution lumineuse. Mais il n’est pas possible d’éteindre tous les éclairages publics… Non, mais il y a plusieurs façons de moduler l’éclairage nocturne, il ne s’agit pas seulement de laisser allumé ou d’éteindre. Nous proposons une Charte de l’éclairage durable qui permet de faire un compromis entre la préservation de la biodiversité et la prise en compte des besoins des citoyens et des communes, et des usages d’éclairage. Ainsi, aux alentours d’une route accidentogène, on peut maintenir la lumière, mais modifier l’espacement des lampadaires ou leur intensité. Le Jour de la Nuit sert donc à sensibiliser les citoyens et les collectivités territoriales à ces questions? Tout à fait. Cet événement permet de faire comprendre aux élus et à leurs administrés l’importance d’éclairer juste, via des animations dans de nombreuses villes de France. D’autant plus en période d’objectifs ambitieux en matière de limitation des dépenses publiques, puisqu’éclairer juste signifie aussi faire des économies d’énergie.