lundi 30 septembre 2013

Ca ferait ca en moins

Sans éclairage, la rocade de Bordeaux serait plus sûre

Selon l’administration, couper l’éclairage ne menace pas la sécurité des usagers. L’Automobile club n’est pas de cet avis

L’absence d’éclairage, comme les embouteillages, oblige à rouler moins vite.

L’absence d’éclairage, comme les embouteillages, oblige à rouler moins vite. (PHOTO ARCHIVES l.theillet)



Économie d’énergie et sécurité. Ces deux points sont au centre du débat en Gironde après l’annonce de la suppression de l’éclairage nocturne entre les échangeurs 4 et 15 de la rocade, soit toute sa partie ouest. Les maires des communes riveraines ont été prévenus dès juillet. Cette décision découle d’une vision globale qui dépasse les limites géographiques de la CUB.
Au départ, il y a une norme européenne sur l’éclairage public avec le souhait de le faire évoluer en tenant compte de la sécurité et des performances des véhicules actuels. « Il faut adapter l’éclairage aux besoins réels », résume Gilles Lacassy, chef du service ingénierie pour l’exploitation à la Direction interdépartementale des routes Aquitaine (Dira).
En 2012, le Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu) a édité un guide intitulé « Schémas directeurs d’éclairage d’un réseau routier ». Il concerne les autoroutes non concédées. L’Aquitaine est la première région à suivre ce guide pour l’éclairage de la rocade. Dans ce but, fin 2012, la Dira a commandé une étude au Centre d’études de l’équipement du Sud-Ouest (Cete). Elle s’est déroulée sur les six premiers mois de 2013 et a pris en compte la sécurité de la circulation, les caractéristiques de la rocade (les endroits où l’automobiliste peut être gêné), l’analyse du réseau lumineux ambiant. À titre expérimental, certaines nuits, la rocade a été plongée dans le noir pour effectuer des mesures.
« Nous avons ainsi identifié les lieux où il fallait garder l’éclairage », précise Gilles Lacassy. Il s’agit du pont François-Mitterrand parce qu’il ne possède pas de bande d’arrêt d’urgence sur un côté, du pont d’Aquitaine où les voies de circulation sont réduites et des diffuseurs vers les autoroutes A63, A62, A10 et A89. « Pour des raisons de sécurité routière, sur la partie est de la rocade, il y a nécessité de garder l’éclairage », constate Gilles Lacassy. Mais il sera donc supprimé côté ouest.
L’enjeu de l’économie d’énergie justifie-t-il une telle plongée dans le noir ? Et celle-ci améliore-t-elle la sécurité ? « Je suis pour le maintien de l’éclairage, a tranché Claude Chambonneau, président de l’Automobile club du Sud-Ouest (Acso), on accable encore les automobilistes alors que l’éclairage est un élément de sécurité ». Il juge « paradoxal » que « moins on y voit plus la conduite est sûre ». L’Acso réclame une « vraie étude technique et objective ».
D’autres études ont cependant déjà été menées. Dont une du centre de physiologie appliquée du CNRS. Un sous-éclairage aurait pour effet une sous-anticipation des risques. Une distance d’arrêt de 60 mètres demeurait en effet invisible. L’Association française de l’éclairage, qui avait commandé cette étude, avait conclu à une « mesure purement économique ».
Au cours des nuits où l’éclairage avait été coupé sur la rocade, le Cete a, en revanche, constaté une tendance des automobilistes à ralentir mais pas une augmentation des accidents. Une courte expérience qui demande à être vérifiée dans le temps.