
SUD-OUEST 14 mai 2011 06h00 | Par YANNICK DELNESTE 0 commentaire(s)
Bordeaux
Voyage aux portes des étoiles
Rénové, le radiotélescope est accessible au public via le Net. L'Observatoire le présente demain lors de ses portes ouverte
Il y a même des chevreuils. Le parc de l'Observatoire de Floirac recèle des richesses multiples invitant le visiteur à regarder la terre et le ciel tour à tour. Lorsque demain les portes s'ouvriront à 9 h 30 au public pour la journée, les cervidés floiracais se seront déjà abrités des regards. Ce n'est pas le moindre des privilèges pour les 70 astronomes et ingénieurs qui peuplent aussi ce site magnifique perché sur le coteau de la rive droite bordelaise. Mais c'est une autre fierté que le Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux (LAB) donnera à découvrir : le radiotélescope de Würsburg.
C'est dans cette ville germanique que ce radiotélescope a été créé par l'armée allemande installée sur le mur de l'Atlantique durant la Seconde guerre mondiale. Un temps récupéré et positionné à Meudon (Hauts-de-Seine), cet instrument a ensuite été implanté à l'Observatoire en 1962 en position équatoriale, et mis en service de 1966 à 1987 pour l'observation continue du soleil relié à un réseau mondial de surveillance de l'astre.
Giga-parabole
Vingt ans après la fin de son exploitation régulière, les hommes et femmes du laboratoire d'électronique ont l'idée de rénover l'antenne à des fins démonstratives : le radiotélescope pourrait devenir une vitrine technologique de leur savoir-faire en même temps qu'un outil de vulgarisation et d'éducation. « Techniquement, l'appareil fonctionnait, à quelques rajouts de capteurs optiques près, explique l'astronome Fabrice Herpin. Nous avons dû toutefois changer de fréquence, car celle qui était utilisée jusqu'alors n'était plus protégée, et les réseaux de téléphonie portable s'y sont installés. »
Rappel des fondamentaux : un radiotélescope est une giga-parabole analogue à celle qui décore certains logements. Il capte des ondes qu'il transforme en signal. « Contrairement aux millions de pixels de la télé, lui ne regarde qu'un seul gros pixel, renseigne Willy d'Anna du laboratoire d'électronique. Le signal est ensuite interprété. » Au pied de l'instrument, les ingénieurs du LAB ont ajouté un dispositif électronique très pointu (1) qui numérise les données recueillies. « Ils ont mis un moteur de Ferrari dans une 2CV… et c'est quand même mieux que l'inverse », résume Fabrice Herpin.
Et on peut conduire le bolide ! Dimanche, l'Observatoire activera l'interface permettant à chacun via Internet (2), d'utiliser Würsburg. La Voie lactée, les étoiles jeunes, les étoiles vieilles, la galaxie d'Orion… Une vingtaine de corps célestes est proposée dans un mode « préréglé », tandis que les amateurs ou professionnels encore plus initiés peuvent choisir la formule où ils peuvent rentrer eux-mêmes les coordonnées désirées.
À disposition de tous
Attention, le résultat n'est pas sexy : une allure d'électrocardiogramme, certes pas trop plat. « Nous mettons le radiotélescope à disposition de tous mais ses observations ne sont pas compréhensibles à tous », confirme Fabrice Herpin. Plusieurs scientifiques seront dimanche autour de Würsburg pour informer et initier le public. Clubs d'astronomie, universités, scolaires : la rénovation du radiotélescope de Würsburg intéresse déjà largement autour de lui. Un article un peu prématuré dans une revue spécialisée en janvier a déjà déclenché une salve de sollicitations. Demain, les portes ouvertes seront aussi l'occasion pour le LAB et ses scientifiques de constater l'engouement et la fascination intacts de la population pour ces drôles de gars avec leurs drôles de machines.
« Plus de 1 600 personnes étaient venues lors de l'édition 2009, se souvient Francis Grousset, responsable du site. Le public est très familial car ce qui les attend se veut accessible et vulgarisateur »… sans se départir de la scientifique rigueur. Maquettes du système solaire, observation du soleil (sans se cramer les mirettes) à différents endroits du parc, démonstration en modèle réduit du Rover, prochain explorateur de Mars : les raisons de se passionner ne manquent pas. Et s'il fallait encore convaincre, on citerait la visite de l'atelier mécanique de précision où sont fabriqués des modules de satellites, Herschel étant le dernier en date. De quoi envier les chevreuils, non ?
(1) Le labo d'électronique de Floirac a contribué à l'élaboration des radiotélescopes installés dans le désert d'Atacama au Chili dans le cadre d'un projet international. (2) http://www.obs.u-bordeaux1.fr/rubrique «Sciences pour tous»
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